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mardi 10 juillet 2007

Médias et 11 septempre

Vous rappelez-vous du massacre de Cana pendant la guerre du Liban l’année dernière ? Et bien, pendant ce temps-là, les médias français se sont levés comme un seul homme pour dénoncer… l’inexactitude du nombre de morts fournis par les officiels libanais!

Il y a quelques jours, une vidéo d’une interview de Christine Boutin (actuelle ministre de la Ville dans le gouvernement Français) réalisée en Novembre 2006 a été exhumée par le collectif ReOpen911 qui demande la réouverture de l’enquête pour le moins bâclée de la commission d’enquête sur le 11 Septembre 2001. Dans cette vidéo, elle estime «possible» l’implication du président G. W. Bush dans les événements. Malgré le black out médiatique sur ces collectifs qui pullulent sur Internet, les médias se devaient de couvrir l’affaire. Et ils l’ont fait d’une manière remarquable. Voici quelques extraits :

« Aux Etats-Unis, les milieux ultraconservateurs de la droite religieuse avaient développé des thèses conspirationnistes à la suite des attentats du 11 septembre 2001. Christine Boutin, députée des Yvelines, est connue pour son engagement très catholique». Nouvel Observateur

« L'émission se déroule au bar de l'Etoile en présence d'un membre du collectif ReOpen911, qui défend une théorie "conspirationniste" sur les attentats de 2001.

(…)

Ce que le groupe REopen911 ne dit pas, c'est qu'il a tronqué une partie de la réponse de la ministre de la Ville. A la 37e minute de l'émission, dont l'ensemble est disponible dans les archives du site de Karl Zéro, Christine Boutin tempère : "Je ne te dis pas que j'adhère à cette posture, mais je m'interroge quand même un petit peu sur cette question" ». TF1

« Sur son site Internet, qui exhume une vidéo de novembre 2006, les tenants de la théorie "conspirationniste" des attentats de New York et Washington vont plus loin, affirmant

(…) Car dans la version intégrale, disponible sur le site de Karl Zéro, on peut écouter la suite :"Je ne te dis pas que j'adhère à cette posture, mais disons que je m'interroge quand même un petit peu sur cette question." Plus loin, la ministre explique aussi que "c'est la responsabilité de chaque blogueur de se faire son idée" ». Le Monde

« La vidéo, qui se propage sur le net a été ressortie sur son site par le groupe "conspirationniste" REopen911 qui introduit l'interview de manière très orientée.

Ce que le groupe REopen911 ne dit pas, c'est qu'il a tronqué une partie de la réponse de la ministre de la Ville. (en rouge dans le texte)

Jean-Marc Morandini


« Ces propos ambigus ont aussitôt été repris par un collectif conspirationniste (...) C'est cette vidéo, tronquée, qui ne reprend qu'une partie des termes de Christine Boutin, qui circule sur le net depuis 48 heures ». Politique.net

Vous avez tous remarqué avec moi le qualificatif « conspirationniste » accolé invariablement au collectif ReOpen911, comme pour avertir le lecteur du non-sérieux de ces gens. Et vous avez bien remarqué que l’information «importante» selon ces valeureux journalistes, c’est que la vidéo est «tronquée», comme si la suite de l’interview annulait le fait qu’elle croit en la possibilité d’une implication quelconque. Le journaliste du Nouvel Observateur quant à lui ne s’est pas trop cassé la tête : Boutin est catholique, Boutin dit que l'implication de Bush est possible, conclusion : c’est une thèse des ultrareligieux ! C’est ce qu’on appelle de la désinformation. Je vous épargne les accusations de «révisionnisme» et même de «négationnisme» qui ont plu et sur Boutin et sur le collectif ReOpen911.

Pour finir, deux vidéos, à titre d’illustration du traitement de ces événements. La première montre une émission de Karl Zéro quand il était encore à Canal+ traitant de ces théories et jetant un discrédit complet dessus (bobards, théories grotesques, idées dangereuses etc.), l'on y apprend entre autres que soupçonner le Mossad, c’est antisémite (!). La seconde montre Karl Zéro, une fois hors de Canal+, parlant des pressions de sa direction lors de l’élaboration de cette émission (minute 3 :20).





copyright tristao




copyright SachaQS

lundi 9 juillet 2007

Je blogue pour la culture de l’information

Le 1er juiller dernier, plusieurs blogueurs ont blogué pour la liberté d’expression. J’aurais blogué volontiers pour la liberté d’expression, mais nos problèmes dans ce domaine sont malheureusement plus graves. Il ne s’agit pas seulement pour nous de ne pas pouvoir parler de tout sans encourir des risques pour le moins disproportionnés, nous souffrons d’un problème plus global de «rétention de l’information». Au delà de ne pas pouvoir nous exprimer à la limite des sentiers battus, il ne nous est simplement pas possible de nous exprimer tout court. Car, afin de s’exprimer, il faut avoir de la matière de quoi s’exprimer.

Exemple au hasard : quel est notre taux de chômage ? Comment est-il calculé ? En France par exemple, les chiffres sont fondés sur le nombre des demandeurs d’emploi à l’ANPE. Mais chez nous, comment sont-ils calculés ? la grande majorité des chômeurs que je connais n’ont jamais mis les pieds dans un bureau de travail. Ce n’est qu’un exemple, car quid des accords internationaux que nous avons passés ? quid de notre dette ? etc. Cela va plus loin encore: comment expliquer qu’on ne nous informe pas quand un bus a du retard ? Comment expliquer qu’on ne nous informe même pas des horaires de passage, ou alors avec une feuille d’allure peu respectable et non mise à jour ? Je pourrais enchaîner avec des exemples à l’infini, et dans différents domaines, afin de démontrer que nous souffrons d’une inculture informationnelle globale.

La culture de l’information est plus générale et conditionne la liberté d’expression. Il s’agit en réalité de la moelle épinière de l’expression d’une société. A quoi nous servirait la liberté d’expression si on ne nous informe pas ? Nous ne pouvons construire un raisonnement logique qu’en présence d’informations sur le sujet traité. Et nous ne pouvons débattre d’un sujet que si nous consentons mutuellement sur la véracité des informations qui lui sont relatives. Notre information est prisonnière dans les rouages de la bureaucratie, dans les bureaux de nos journalistes et surtout dans nos têtes. La culture du secret, la culture de la rumeur, sont ancrées bien profondément en nous.

On récrimine souvent la liberté d’expression par le fait qu’elle est souvent source de diffamation, de désinformation et de contre-vérités. Mais quel est le moteur de la désinformation ? Pourquoi est-ce que certaines sources pratiquant la désinformation, la diffamation et proférant des contre-vérités ont-elles du succès ? C’est l’opacité informationnelle qui favorise ces écarts. Quand on n’a pas une information, c’est qu’on nous la cache, et si on nous la cache, c’est qu’il y a des vérités inavouables derrière. C’est peut-être le cas parfois, mais très souvent, ce n’est pas le cas. Avoir une culture forte de l’information est un garant du bon usage de la liberté d’expression et un booster de la qualité des échanges et des débats.